Textes·Roman·2014
Roman · 2014

Journal d’un noble républicain

La Révolution vue d'en bas, depuis un village du Pays d'Auge.

GenreRoman
Crééjuin 2014
FormatRoman historique
À direà voix haute, et lentement.
- Quatrième de couverture

Pays d'Auge, 1780. À vingt ans, Amalrik Chantepie de Pont-Audemer hérite d'un modeste domaine et d'un village d'une cinquantaine d'âmes. Il épouse Gislinde, fonde une famille, et tient son journal - au jour le jour, de l'Ancien Régime à la Restauration.
Au fil des entrées, souvent nourries par les nouvelles que colporte Tom le marchand ambulant, défilent la prise de la Bastille, l'abolition des privilèges (il devient « citoyen Chantepie » et lègue ses terres à la communauté), la Terreur, l'Empire et ses guerres. La grande Histoire frappe l'intime : son frère et son fils tombent à Austerlitz.
Roman historique à la première personne, c'est la Révolution racontée par un noble devenu républicain par conviction - et qui en paie le prix.

- Extrait

25 septembre 1780

Mon père, fermier général dans un petit domaine du Pays d’Auge, au fin fond de la Normandie, est décédé ce matin. Je l’ai peu connu. Dès mes six ans, il m’a envoyé à la Généralité de Caen pour que je suive l’instruction due à mon rang.

À mes dix-huit ans, il y a deux ans, je suis revenu au domaine pour l’aider à le gérer. Ma mère étant morte en couches il y a quinze ans, me voilà seul à la tête de ce petit domaine : un village d’une cinquantaine d’âmes, Saint-Sylvestre-en-Auge, composé de trois fermes, un moulin, un pigeonnier, une scierie et une chapelle. Je pourrai compter sur mon jeune frère Albéric, âgé de quinze ans, pour certaines tâches.

Je suivrai les conseils de mon père et de mes précepteurs pour entreprendre cette lourde tâche – et que Dieu me vienne en aide.

12 mai 1782

L’année dernière, j’ai rencontré la fille cadette du seigneur Eustache Morin de Piencourt : la charmante Gislinde. En discutant avec elle, je me suis rendu compte que nous partagions les mêmes idéaux – un monde plus juste, et un grand respect pour le tiers état, qui est la base de notre société.

Notre affection mutuelle a grandi jusqu’à un mariage célébré le 3 mai dernier. Mais pour parvenir à ce jour, ce fut long et très conventionnel. Le fait que mes deux parents soient morts n’a pas simplifié les choses ; mon beau-père avait d’autres projets pour sa fille, mais la réputation de mon père l’a fait changer d’avis.

Les noces furent célébrées à la paroisse de Saint-Germain-la-Campagne. Pendant l’évangile, un tissu blanc a été tendu au-dessus de nous ; d’aucuns ont ricané en voyant que le voile penchait plus du côté de Gislinde que du mien. À la sortie de l’église, j’ai lancé l’éteuf, qui a atterri sur le toit. Les jeunes ont escaladé l’édifice, sous les yeux horrifiés des prélats, pour rapporter l’objet à Gislinde. Entre le voile et ce lancer raté, les invités me classèrent définitivement parmi les maris soumis.

Le repas de noces fut servi au château de ma belle-famille. La soirée s’emballa de danses et de chants ; sous les pommiers en fleurs, des invités en costume de ville côtoyèrent des gens vêtus du costume traditionnel de la région.