Textes·Théâtre·2012
Théâtre · 2012

Une révolution comme les autres

Une joute de comptoir qui tourne, mois après mois, à la révolution.

GenreThéâtre
Crééseptembre 2012
FormatPrologue + les douze mois
À direà voix haute, et lentement.
- Quatrième de couverture

Dans un bar de village - « chez Maxime » -, un couple s'affronte à un jeu : faire défiler les douze mois de l'année à coups de proverbes et de dictons. À la table d'à côté, un vieux vétéran grommelle, arrache son journal, et finit par s'inviter dans la partie.
À mesure que tournent les saisons, le jeu dérape : derrière les dictons paysans surgit une autre voix, celle de la misère et de la révolte. Bâtie entièrement de citations - proverbes du calendrier, répliques de films, mots d'auteurs -, la pièce fait d'une partie de cartes une révolution comme les autres : celle qui se prépare lentement, au ras du quotidien.

- Extrait

Prologue

La scène se passe dans un bar, « chez Maxime ». Une table est occupée par une personne qui joue aux cartes. Entre une personne âgée, dos au public, qui grommelle en arrachant un journal dans son coin. Un barman tourne dans la salle et propose son vin rouge. Un couple arrive.

Barman– « Asseyez-vous. – Je n’ai pas le droit de quitter le comptoir, monsieur. » (film Hors de prix)
Ami 1– « Vraiment ? » (Hors de prix)
Barman– « Vraiment, sauf pour servir des boissons et… en cas d’incendie. » (Hors de prix)

Le couple commence une joute verbale sur les mois de l’année. À chaque fin de mois, on compte les points et l’on relance le jeu en annonçant le mois suivant. Le trouble-fête se lève pour s’inviter dans la partie ; il s’intéresse de plus en plus à ce que raconte le vétéran, jusqu’à prendre son parti.

Janvier

Ami 1« Un mois de janvier sans gelée n’amène jamais une bonne année. »
Ami 2« De Sainte-Pharaïlde la chaleur, c’est la colère et notre malheur. »
Ami 1« Garde-toi du mois de janvier comme un voleur au grenier. S’il fait vent, nous aurons la guerre ; et si l’on voit épais brouillards, mortalité de toute part. »
Vétéran« La pauvreté, on s’en remet. La misère, c’est cette chose atroce, qui coupe les jambes et la tête. La misère, elle, est tragique. » (Michel Ragon)

Février

Ami 2« Le soleil de Chandeleur annonce hiver et malheur. »
Ami 1« Beau février, c’est disette au grenier. »
Vétéran« La pauvreté, on s’en remet. La misère, elle, est tragique. » (Michel Ragon)

Mars

Ami 2« Mars pluvieux, an disetteux. »
Ami 1« En mars, vent ou pluie, que chacun veille sur lui. »
Ami 2« Le soleil de mars donne des rhumes tenaces. »
Trouble-fête« Un seul morceau de bois donne de la fumée, mais pas de feu. »
Vétéran« La pauvreté, on s’en remet. La misère, elle, est tragique. » (Michel Ragon)

… le jeu se poursuit, mois après mois, jusqu’au tour de décembre.