Discours·Fête·3 · décembre · 2018
Fête

Pour Alexandre

OccasionFête
Date3 · décembre · 2018
À diredebout, et sans trembler.

Mon cher Alexandre,

Nous sommes ici pour célébrer ton année supplémentaire de sagesse et nous t’en félicitons.

Je ne vais pas orienter mon discours sur la quarantaine – les avantages de cet âge, ses inconvénients et encore moins sur sa crise que tu vas sans doute apprécier. Voici un petit livre pour te préparer. D’ailleurs j’ai un livre pour t’y préparer.

Je ne vais pas non plus voir comment les astres t’ont permis de devenir ce que tu es maintenant.

Je vais diriger mes propos avec un axe tout tracé : faisons un petit comparatif entre Alexandre le Grand et toi et voir si tes actes malheureux ou bienheureux seront, comme ce conquérant, cités dans les livres d’Histoire…

Niveau âge : tu bats allégrement Alexandre le Grand. Il est mort à 32 ans. Toi, tu as déjà 40 ans et je te souhaite de vivre au moins la même durée.

Niveau filiation : suivant les différentes versions de l’Histoire, Alexandre le Grand descendrait de Zeus, d’Héraclès, du dernier pharaon de la XXe dynastie ou encore d’Achille. Toi, sauf preuve à l’appui, ta lignée est plus modeste car tes ascendants, même s’ils ont été aussi héroïques et puissants que les siens – j’en doute pas une seconde – sont moins célèbres.

Comme lieu de naissance, vous vous êtes accordés : chacun une capitale. Alexandre le Grand est né à Pella – capitale du royaume de Macédoine et toi à Paris – capitale de la France.

Niveau management : Alexandre le Grand avait besoin d’une équipe composée de 90 000 fantassins et de 2 500 cavaliers. Toi, 7 collaborateurs te suffisent.

Niveau costume, Alexandre le Grand devait porter une cuirasse de 15 kg, un bouclier de 1 mètre de diamètre et une sarisse – longue pique de 5,5 mètres – pour aller conquérir de nouveaux horizons. Toi, ton costume et ton téléphone portable te suffisent pour prendre d’assaut les bureaux d’Aubervilliers…

Niveau territoire, bien que situés géographiquement différemment, ils peuvent se comparer. Preuve à l’appui.

Niveau moyen de transport, Alexandre le Grand avait un cheval de guerre appelé Bucéphale à qui il érigea une ville portant son nom – Bucéphalie – après sa mort. Toi ta voiture de fonction est moins prestigieuse et je ne pense pas que tu ériges le moindre bâtiment mémorial si elle meurt. Autre différence : seul Alexandre le Grand pouvait monter Bucéphale. Plusieurs personnes peuvent conduire ta voiture.

Alexandre le Grand avait besoin d’un palais pour recevoir sa cour et gérer ses affaires. Toi, ton « placard à balai », heu… ton bureau te suffit pour accueillir les nouveaux alternants et gérer ta tonne de dossiers.

Enfin, Alexandre le Grand avait un caractère de lion, toi t’es plutôt sagittaire.

Je pourrais continuer cette comparaison pendant des heures pour confirmer ce qui est déjà si évident. Tu es plus modeste qu’Alexandre le Grand.

Mais avant de conclure, j’ai une petite question. Alexandre le Grand, lors de la poursuite de Bessos, il refuse de boire de l’eau tant que ses soldats n’en auront pas également : es-tu prêt à refuser ta prime variable tant que les membres de ton équipe n’ont pas reçu la leur ?

En résumé, peut-être que tu seras moins présent dans les livres d’Histoire dans 25 siècles que ce héros macédonien sauf si comme ton prédécesseur Dumas, tu te mettais à l’écriture – je vois d’ici Les trois expatriés ou 6 ans après ou encore Le vicomte des Benchmarks ; mais tu n’as pas besoin de livres pour qu’on se souvienne de toi car contrairement à Alexandre le Grand, tu as une descendance qui se rappellera de toi et de tes anciens et futurs exploits et qui les déformeront au coin de la cheminée les soirs d’hiver.

Mais n’oublie pas ce que disait Pline l’ancien : « La gloire véritable consiste à faire ce qui mérite d’être écrit, à écrire ce qui mérite d’être lu et à vivre de façon à rendre le monde plus heureux et meilleur à vivre. »

Alors continue sur ta lancée pour que ta vie – ton épopée – soit lue. Longue vie à toi…